Un studio mobile de création qui donne une voix aux jeunes des Premières Nations

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Cet article est fourni par Manon Barbeau, directrice-fondatrice du Wapikoni mobile, pour la série Les boursiers d’Ashoka Canada : L’innovation sociale démystifiée.

Wapikoni Mobile

Wapikoni Mobile

Le Wapikoni mobile est un studio ambulant doté d’équipements à la fine pointe de la technologie qui « roulent vers » les communautés des Premières Nations, donnant une voix aux jeunes et stimulant la confiance en leurs capacités à travers la réalisation de films et de musiques.

Le point de départ : le pouvoir de l’art comme outil de résilience

J’ai toujours eu à coeur de donner une voix aux marginalisés. Sans doute à cause de ma propre histoire : père peintre, mère poète, nous abandonnant mon frère et moi en foyer d’accueil alors que j’avais deux ans. Une enfance marginalisée donc, avec des parents signataires du manifeste du Refus Global, marquant l’entrée du Québec dans la modernité. Mais qui m’ont laissée sans famille. La poésie m’a d’abord permis de survivre. Elle m’a amenée à croire que les « résilients » peuvent recadrer leur rapport au monde et se transformer grâce à la création. Cinéaste engagée, j’ai ensuite donné la parole à mon frère schizophrène avec « Les Enfants de Refus Global » puis aux jeunes de la rue, aux prisonniers et à ceux qui errent dans les ruelles.

Depuis plus de dix ans, je consacre temps et énergie aux jeunes des Premières Nations (les marginalisés des marginalisés) avec le Wapikoni mobile, studios de création ambulants, que j’ai fondé en 2004.

L’inspiration : Wapikoni Awashish

Le Wapikoni mobile est né dans la communauté atikamekw de Wemotaci. Le taux de suicide chez les jeunes y était très élevé. J’y ai travaillé à l’écriture d’un long-métrage avec un groupe de 15 jeunes autochtones. Ma fidèle collaboratrice était alors Wapikoni Awashish, 20 ans, modèle de leadership. Mais, en mai 2002, Wapikoni perd la vie lorsque sa voiture percute un camion forestier. Trop bouleversée pour poursuivre le scénario, je conçois l’idée d’un studio mobile de cinéma et de musique, lieu de rassemblement et de création. Le Wapikoni mobile, cofondé avec le Conseil de la nation atikamekw et le Conseil des jeunes des Premières Nations, est nommé en hommage à Wapikoni Awashish.

Contexte et problématique

Les Premières Nations figurent parmi les populations les plus vulnérables du Canada; pauvreté, suicide, toxicomanie, décrochage scolaire et isolement y font des ravages. Riches d’une culture immense, ces communautés regorgent de jeunes créateurs talentueux qui ont beaucoup à dire et méritent d’être entendus.

Wapikoni mobile : donner la parole aux jeunes des Premières Nations

Le Wapikoni a été conçu pour donner une voix aux jeunes des Premières nations, briser leur isolement, réduire la toxicomanie et le suicide, développer des compétences, stimuler l’estime de soi et la confiance en l’avenir.

Le mandat du Wapikoni en est un de médiation : les œuvres réalisées par les jeunes autochtones sont autant de ponts jetés vers l’autre, autochtone ou non autochtone.

Innovateur et unique en son genre, le Wapikoni est le seul studio mobile au Canada (et peut-être au monde) qui «roule vers » les communautés autochtones isolées pour offrir des ateliers de formation audiovisuelle. Ce « nomadisme » jouit d’un immense pouvoir d’attraction auprès des jeunes.

La réussite du Wapikoni repose sur son approche pratique et inclusive, ses outils d’intervention, -la vidéo et la musique- médias prisés des jeunes, et sur les liens étroits établis avec les organismes terrain.

Dix ans plus tard, le Wapikoni a rejoint plus de 3 000 jeunes de 9 nations, dans 25 communautés au Canada. Le Wapikoni est aussi actif au Chili, en Bolivie, au Pérou et au Panama. Plus de 650 courts métrages et 450 musiques, témoignent maintenant de la réalité contemporaine des jeunes des Premières Nations et de leur empowerment.

Le Wapikoni constitue ma vaste famille. Certains s’y démarquent et font mon bonheur : Ils se nomment Marie-Pier, Réal, Kevin, Raymond, Janie, Allyson, Canouk, Samian, Abraham, Elisa. Ils sont cinéastes ou musiciens, cuisiniers ou mécaniciens. Ou simplement retournés sur les bancs d’école. Grâce au Wapikoni, leur vie a trouvé un sens. Et ma vie aussi.

Wapikoni Mobile Video

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Vidéoclip d’un musicien innu Ti-John Ambroise, qui évoque la destruction de la Terre mère et s’inquiète pour le futur des enfants.

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